Du PVT à la résidence permanente en Australie: le témoignage d’Anna, 35 ans

Un PVT pour apprendre l’anglais, sept ans d’Australie des petites towns, puis la résidence permanente : le parcours d’une infirmière devenue handywoman.

Arrivée en 2019 avec un PVT et un anglais « niveau sixième », Anna devait juste apprendre la langue avant de rentrer en Europe. Sept ans plus tard, elle a vécu dans le Queensland, le Northern Territory et le Western Australia, obtenu la résidence permanente, retapé et vendu une maison à Kalgoorlie, et s’apprête à accueillir sa fille à Cairns. Entre-temps, elle a monté des chevaux de course à 4 heures du matin, s’est cassé une vertèbre dans le bush… et a failli mourir sur la Grande Barrière de corail.

Il y a des parcours australiens qui suivent un plan. Celui d’Anna, lui, suit plutôt une énergie : celle de quelqu’un qui dit oui, qui essaie, qui change de job, de région et de vie sans jamais perdre sa bonne humeur.

Infirmière de formation, nanny, ouvrière du bâtiment, handywoman, cavalière : son histoire est celle d’une Australie loin des grandes villes, dans les petites towns un peu excentrées, là où on apprend à pêcher, à conduire un 4×4 et à rire de tout. Même des Australiens qui rotent sans gêne. On y reviendra.


« Je parle beaucoup (parfois trop) »

Anna a 35 ans et vient du Gard. Elle se décrit elle-même mieux que personne :

Je suis plutôt extravertie et toujours dans le mouvement. J’adore faire plein de choses, des choses différentes, qui n’ont rien à voir les unes avec les autres. Je ne suis pas très organisée et mes pensées peuvent vite partir dans tous les sens. Je parle beaucoup (parfois trop).

Infirmière de formation, elle se dit passionnée par les humains, les relations qu’ils entretiennent et leur bien-être. Elle monte à cheval depuis l’âge de quatre ans, « c’est ancré en moi, j’y reviens toujours quoi qu’il arrive ». Elle adore cuisiner, faire de la pâtisserie, recevoir ses amis, cultiver son potager, et rêve de se former à la permaculture pour vivre un jour en grande partie en autosuffisance.

Je suis réellement attachée à ma famille et à mes amis proches en France. Et c’est bien mon dilemme, d’être si loin. J’ai la chance d’être née avec une bonne composition : je ne suis vraiment pas souvent de mauvaise humeur !


2019 : un PVT pour apprendre l’anglais… et repartir

Anna arrive en octobre 2019 avec un visa 417, le Working Holiday Visa. Le projet de départ est très clair, et n’a rien à voir avec une installation :

L’objectif était d’apprendre l’anglais, parce que je voulais devenir infirmière pour le rapatriement en Europe. Et de rentrer par la terre ou par la mer après mon temps ici et en Nouvelle-Zélande, où finalement je ne suis encore jamais allée.

Sept ans plus tard, la carte de son Australie ressemble à un road trip au long cours :

  • Deux ans dans le Queensland, au nord de Brisbane puis dans les terres autour de Mackay.
  • Un an dans le Northern Territory : six mois à Alice Springs, six mois dans le bush sur une cattle station.
  • Trois ans en Western Australia, à Kalgoorlie (« et non, je ne travaillais pas dans les mines »).
  • Et aujourd’hui, Cairns.

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Les débuts : « pas question de rencontrer des Français »

Anna arrive avec un niveau d’anglais qu’elle résume sans détour : « niveau sixième, no bullshit ». Alors elle fait un choix radical.

Elle commence par deux mois de HelpX pour apprendre ses premiers mots, puis décroche un poste de nanny pour deux enfants. Elle y restera deux ans et demi.

J’ai pris ce job parce que je voulais être en immersion complète. Pour moi, pas question de rencontrer des Français. L’objectif était d’apprendre la langue.

Puis le Covid arrive. Mais dans les terres du Queensland, la vie continue presque normalement.

J’avais une vie de dingue, car on vivait dans les terres et on n’était pas vraiment confinés. Beaucoup de boat trips sur la Grande Barrière, Moreton Island, Bribie, la Sunshine Coast. J’ai appris à pêcher, à conduire un 4×4.

La seule vraie difficulté de cette période : ne pas pouvoir rentrer en France pendant ses trois premières années. « Ça, c’était dur. »


Kalgoorlie, le tournant

Si elle devait choisir un tournant, ce serait sa décision de partir à Kalgoorlie. C’est là, il y a un peu plus de trois ans, qu’elle rencontre Ben.

À ce moment-là, Anna s’apprête à commencer un apprenticeship en charpenterie à Perth, après avoir beaucoup travaillé dans la construction. Ben, lui, est carreleur, et titulaire d’un visa 186. Il lui propose de l’ajouter à son dossier en tant que partenaire.

Nous avons fait la demande en août 2024 et nous avons eu la résidence permanente en novembre 2024.

Le couple se lance alors un défi : trois années de travail acharné pour se constituer une vraie épargne et décider ensuite comment l’investir. Anna travaille à son compte comme « handywoman », comme elle aime le dire : petits travaux et réparations pour les agences immobilières, peinture sur de plus gros chantiers, placo. Et avant ça, chaque matin :

Je montais les chevaux de course à l’entraînement, entre 9 et 13 chevaux, de 4 heures à 8 heures du matin.

Le rythme est intense, mais pas austère. Il reste les restos entre amis, les sorties en moto-cross et les nuits de camping dans le bush le samedi. « On est bien restés concentrés sur nos objectifs financiers. Ces trois années ont été longues, mais ça en valait la peine. »

En janvier 2026, ils vendent la maison qu’ils avaient achetée et retapée à Kalgoorlie.


Aujourd’hui : Cairns, et une petite fille en route

Après la vente, Anna et Ben partent voyager en Asie, puis en Europe, « pour montrer mon ventre tout rond à nos familles ». Car ils attendent une petite fille, qui peut maintenant arriver à tout moment.

De retour en Australie, ils récupèrent leur voiture laissée à Kalgoorlie et traversent tout le pays jusqu’à Cairns, où ils sont installés depuis un mois.

( Découvre mon article qui parle de l’Australie en famille )


« Il s’est passé tellement de choses »

Quand on lui demande ce qui rend son histoire australienne singulière, Anna hésite, puis tout sort d’un coup.

C’est juste fou. J’ai rencontré l’amour de ma vie ici. J’ai vu des paysages qui m’ont fait pleurer tellement ils étaient magnifiques. J’ai rencontré des gens qui m’ont marquée, certains sont des amis proches maintenant.

Et puis il y a les moments où tout a failli basculer.

J’ai failli mourir sur un reef de la Grande Barrière : l’ancre de notre bateau a décroché, et nous sommes restés plusieurs heures à hurler dans l’eau, jusqu’à ce que quelqu’un nous voie et vienne nous récupérer.

Il y a aussi la vertèbre cassée en moto-cross dans le bush d’Alice Springs. L’entreprise de plateaux apéro montée « pour le fun », puis arrêtée faute de temps. Sa meilleure amie venue la rejoindre à Kalgoorlie pour vivre avec elle. Ses parents venus faire un road trip.

Cette vie est juste fabuleuse.


Les Australiens : autodérision, bush… et zéro gêne

Les Australiens peuvent être très sympas, bienveillants et accueillants. C’est vrai que beaucoup de gens les trouvent « shallow » dans les conversations, et qu’il est plus difficile de tisser des liens profonds.

Elle a toujours trouvé plus facile de comprendre ceux qui avaient voyagé ou qui avaient des parents immigrés. Mais pour le reste, elle est conquise :

Les Australiens ont une manière de vivre, un humour, une autodérision qui me fait fondre le cœur et beaucoup rire. Ils sont proches de la nature et connaissent bien leur pays.

Anna se dit aussi fascinée par la culture aborigène, leur connaissance des terres, leurs croyances et leur histoire, « bien que tragique ». Elle regrette qu’il soit difficile de nouer des liens, « mais peut-être qu’au fond, je n’ai pas encore assez bien essayé ». Pour aller plus loin, elle recommande le livre Dark Emu de Bruce Pascoe.

Reste une chose, une seule, qui la déstabilise vraiment :

Leur sans-gêne au niveau des gaz 😂 Beaucoup de gens du bush pètent et rotent à tout va, comme si rien ne les retenait. Suivi, ou non, d’un « pardon me ».


Ce qu’elle aime le plus : une page blanche

J’aime la grandeur, la liberté, que ce soit dans le voyage, dans la manière de dealer avec les gens ici, ou dans la facilité d’entreprendre. Tu peux tout faire ou tout être ici. C’est une page blanche, et c’est à toi d’écrire la vie que tu veux.


Le plus dur : la douceur de vivre du sud

Anna l’avoue : elle n’a pas trouvé grand-chose de difficile. « Peut-être que j’ai juste une bonne étoile. Ou que mon âme est en accord avec les vibes de cette terre. »

Mais sa famille lui manque, et elle cherche aujourd’hui un meilleur équilibre entre les deux pays.

Je ne me vois pas être 100 % en Australie toute l’année, mais je n’ai pas besoin d’être 100 % en France non plus. La vérité, c’est que je fuis le froid.

Ce qui lui manque le plus, c’est la France qu’elle aime :

Le manque de culture profonde et d’histoire comme on la connaît. Et surtout, l’amour de la cuisine, les longs repas en famille, les bons produits, les longues soirées d’été où il fait nuit à 23 heures. La douceur de vivre du sud de la France, amplifiée par ma famille et mes amis incroyables. Et cette proximité qui fait qu’on peut changer de paysage et de culture en très peu de temps.


Le questionnaire express

L’Australie en 3 mots Brûlante. Brute. Libre.

Son endroit préféré Les dunes de sable de Dunn Rocks, en Western Australia.

Son meilleur souvenir

Sur une de ces dunes de sable blanc, à minuit, pour le jour de l’an. Avec cette impression d’être un grain de sable dans l’univers, complètement dépassée par les éléments de cette nature si puissante, pure et belle.

Ce qu’elle aurait aimé savoir avant de partir

Se laisser aller dans l’expérience. L’accueillir, et se laisser embarquer.

Merci Anna pour ton énergie et ta sincérité, et belle arrivée à ta petite fille.


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