
En 2020, Marine et son mari ont laissé une compagnie aérienne décider de leur avenir. Six ans plus tard, ils vivent à Sydney, ont acheté leur maison, y ont eu deux enfants, et Marine est devenue citoyenne australienne. Elle nous raconte tout : l’A380 quasi vide, les débuts pendant le Covid, la culture australienne du « 5 to 9 before the 9 to 5 », et ce qu’on ne comprend vraiment qu’une fois qu’on vit à l’autre bout du monde.

Il y a des histoires d’expatriation qui commencent par un plan sur trois ans, un tableau Excel et une liste de démarches. Et il y a celle de Marine, qui s’est jouée en quelques minutes, devant une porte d’embarquement, sans savoir si elle allait monter dans l’avion.
Ce que j’aime dans son parcours, c’est qu’il ne s’arrête pas au coup de dés du départ. Ce qui rend son histoire belle, c’est tout ce qui s’est construit après : deux enfants nés à Sydney, une maison, un cercle d’amis reconstruit de zéro, une nouvelle façon de vivre ses journées… et un projet qui tend aujourd’hui la main aux Français qui débarquent à leur tour.
« Moi, c’est Marine »
Marine a 32 ans et vient du sud de la France. Elle est partie vivre à l’étranger à 21 ans et, depuis, elle n’a jamais vraiment arrêté de bouger.
Le voyage a toujours occupé une place énorme dans ma vie. C’est d’ailleurs ce qui m’a poussée vers l’hôtellerie-restauration, un métier qui m’a permis de vivre dans quatre pays différents, de l’Europe à l’Asie en passant par le Moyen-Orient.
Ce qui la caractérise le plus, dit-elle, c’est cette envie permanente de découvrir, de rencontrer des gens et de sortir de sa zone de confort. Avoir des projets, partir à l’aventure, créer des souvenirs.
Et surtout : être dehors. Camper, regarder le lever du soleil, être près de l’océan, surfer, partir en week-end dès que l’occasion se présente.
Aujourd’hui, ma vie est en Australie avec mon mari et nos deux enfants. Ma manière de voyager et de vivre l’aventure a beaucoup changé depuis mes 21 ans, mais cette curiosité et cette envie de découvrir sont toujours exactement les mêmes.
L’Australie, un rêve d’enfance… et une histoire de cœur
Quand et où as-tu vécu en Australie ?
Je suis venue en Australie pour la première fois en 2014, pendant trois mois. Disons que le cœur n’était pas tout à fait étranger à ce premier voyage…
Son mari est australien, originaire de Sydney. Le couple revient ensuite régulièrement, pour les vacances et pour la famille. À chaque voyage, Marine s’attache un peu plus au pays. Puis, en 2020, ils décident de franchir le pas et de s’installer officiellement à Sydney. Six ans plus tard, ils y sont toujours.
Qu’est-ce qui t’a donné envie de partir en Australie ?
Depuis toute petite, l’Australie me faisait rêver. L’océan, le surf, les grands espaces, la nature, le soleil, cette impression de vivre davantage dehors… tout me parlait.
C’est assez difficile à expliquer, mais j’ai toujours eu cette petite certitude au fond de moi qu’un jour, je vivrais ici. Ce qui est assez fou aujourd’hui, c’est de regarder ma vie et de réaliser que ce que j’imaginais enfant est devenu mon quotidien.

Trente passagers dans un A380 : l’arrivée la plus improbable
Comment es-tu arrivée en Australie ?
Mariée à un Australien, Marine a pu venir avec la résidence permanente. Mais la manière dont ils sont arrivés reste, de loin, l’épisode le plus fou de leur parcours.
En 2020, nous vivions à Londres. Nous adorions notre vie là-bas, mais le manque de lumière et la météo commençaient réellement à peser sur notre moral. Puis le Covid est arrivé et a complètement bouleversé nos plans. Nous sommes rentrés en France pendant quelques mois et, à ce moment-là, nous hésitions entre deux vies : rester en Europe ou tenter définitivement l’Australie.
C’est là qu’ils prennent une décision que peu de gens oseraient.
Nous avons littéralement laissé une compagnie aérienne décider de notre avenir. À cette période, les frontières australiennes étaient fermées et les vols extrêmement limités. Nous avions réservé un vol pour Sydney, sans savoir jusqu’au dernier moment si nous serions autorisés à monter à bord. Notre règle était simple : si nous étions acceptés sur le vol, nous partions vivre en Australie. Si nous n’étions pas sur la liste des passagers, nous resterions en France.
Jusqu’à la dernière minute, ils ne savent pas. Et finalement, leurs noms sont sur la liste.
Nous nous sommes retrouvés parmi une trentaine de passagers dans un immense A380 à destination de Sydney. Je me souviens encore de cette sensation très étrange : regarder cet avion quasiment vide et réaliser que notre vie était en train de changer complètement.

Repartir de zéro, en pleine pandémie
Comment se sont passés tes premiers mois sur place ?
Très honnêtement, arriver en Australie en pleine période Covid n’était probablement pas le scénario le plus simple !
Marine travaillait depuis des années dans l’hôtellerie et le tourisme. Un secteur alors quasiment à l’arrêt. Il a fallu accepter de repartir de zéro professionnellement, de chercher dans un autre domaine, et de faire des compromis, notamment sur le salaire.
C’est justement là que j’ai découvert quelque chose que j’aime énormément en Australie : on peut réellement te donner ta chance si tu montres que tu as la bonne attitude et l’envie d’apprendre.
Au bout d’environ deux mois, elle trouve un poste dans une association caritative, dans un secteur totalement différent du sien.
Côté rencontres, en revanche, Sydney vit au rythme des restrictions et des confinements.
Je savais pourtant que si je voulais construire une vie ici, je devais faire l’effort d’aller vers les autres. Alors je me suis inscrite à des run clubs, des cours de fitness, des activités… et petit à petit, j’ai rencontré des filles qui sont encore aujourd’hui parmi mes amies.
Ça m’a appris quelque chose d’important sur l’expatriation : parfois, il faut vraiment provoquer les rencontres. Un cercle d’amis ne se reconstruit pas tout seul.
Tu veux faire comme Marine ?
« J’ai appris à vivre avant de travailler »
À quoi ressemble aujourd’hui ta vie en Australie ?
C’est peut-être le passage de l’interview qui donne le plus envie de faire ses valises.
L’une des choses que l’Australie a le plus changées chez moi, c’est ma manière de voir l’équilibre entre travail et vie personnelle. J’ai appris à vivre avant de travailler. J’aime beaucoup cette expression : faire son « 5 to 9 before the 9 to 5 ».
Concrètement ? Des cours de sport à 5 h 15 du matin. Des marches pour voir le lever du soleil en appelant la famille en France. Une baignade aux premiers rayons, suivie d’un chocolat chaud sur la plage.
Il peut être 8 h 30 et j’ai déjà fait 10 000 pas, vu le soleil se lever, fait du sport et appelé ma famille… alors que ma journée de travail n’a même pas commencé. Et je n’étais pas du tout comme ça avant !
Le déclic ? Ses premiers matins à Coogee.
Je voyais des dizaines de personnes courir, nager, s’entraîner ou simplement prendre leur café face à l’océan avant d’aller travailler. Je me suis dit : « Mais pourquoi je dors pendant que tout le monde est en train de profiter de sa journée ? » Petit à petit, cette façon de vivre m’a complètement contaminée.

De « pays de mes rêves » à décor du quotidien
Quelle est la singularité de ton histoire australienne ?
Notre arrivée en 2020 s’est faite d’une manière assez improbable, presque en laissant le destin décider pour nous. Mais je pense que ce qui rend surtout mon histoire particulière, c’est tout ce qui s’est construit ensuite.
Au départ, l’Australie était ce pays qui me faisait rêver depuis toujours. Aujourd’hui, c’est devenu le pays dans lequel j’ai construit une grande partie de ma vie d’adulte. Nous y avons développé nos carrières, créé notre cercle d’amis, acheté notre maison, trouvé notre équilibre et surtout fondé notre famille. Nos deux enfants sont nés à Sydney, et devenir maman à l’étranger a été une aventure à part entière.
Il a fallu comprendre un système de santé différent, vivre mes grossesses et mes accouchements dans une autre langue, puis apprendre à être parents à des milliers de kilomètres de ma propre famille. Il y a eu énormément de moments magnifiques, mais aussi des moments où la distance avec la France s’est faite beaucoup plus ressentir.
Je trouve finalement assez beau que l’Australie soit passée du statut de « pays de mes rêves » à celui de décor de notre quotidien. Je n’y suis plus simplement expatriée : j’y ai grandi, évolué, construit ma famille et je suis devenue citoyenne australienne. Une étape très symbolique, qui représente tout ce que ce pays est devenu pour moi.

Les Australiens : faciles d’accès, mais…
Comment as-tu vécu les rencontres avec les Australiens et la culture locale ?
Au premier abord, les Australiens sont extrêmement faciles d’accès. Ils sont chaleureux, souriants, décontractés et la conversation vient facilement. En revanche, j’ai découvert qu’il y avait une différence entre discuter facilement avec quelqu’un… et créer une véritable amitié.
À leur arrivée, le couple est dans un entre-deux : plus vraiment dans la vie backpacker, pas encore parents. Et à la trentaine, beaucoup de gens ont déjà leur groupe d’amis construit depuis des années.
Je crois que reconstruire un vrai cercle social a été l’une des choses les plus difficiles de notre expatriation. Cela nous a pris quelques années.
Culturellement, en revanche, elle adore.
Le fameux « no worries » résume assez bien leur façon d’aborder la vie. Je les trouve globalement plus détendus que nous, les Français. J’aime aussi cette culture du plein air : les barbecues, les pique-niques dans les parcs, le sport, la plage, le camping… On ne se demande pas toujours « où est-ce qu’on va aller ? », mais plutôt « qu’est-ce qu’on va faire dehors ? ».
Le point le plus déstabilisant pour une Française :
Leur rapport à la confrontation. Là où un Français pourra te dire très directement ce qu’il pense, un Australien aura souvent tendance à éviter le conflit. Il faut parfois apprendre à lire entre les lignes !
Ce qu’elle aime le plus : « partir à l’aventure très facilement »
La proximité avec la nature, sans hésiter. Même en vivant dans une ville comme Sydney, on peut avoir l’impression de partir à l’aventure très facilement. Il y a des parcs partout, l’océan est à quelques kilomètres, des plages magnifiques, des randonnées, des parcs nationaux… On peut décider le vendredi soir de partir camper pour le week-end et avoir l’impression d’être complètement ailleurs une heure plus tard.
Depuis qu’elle a des enfants, elle mesure encore davantage cette chance : ils grandissent dehors, entre les parcs, les playgrounds et les plages.

Elle cite aussi le sentiment de sécurité — « en tant que femme, je me suis rarement sentie observée ou en insécurité lorsque je marche seule » — la qualité de vie, les produits frais, le climat. Mais ce qui la touche le plus :
Cette forme de confiance qui existe encore entre les gens. Je trouve les Australiens généralement généreux et prêts à aider. Il existe ici une certaine simplicité dans les rapports humains que j’apprécie énormément.
Et le plus difficile : la distance
Quand on vient vivre en Australie, on sait intellectuellement qu’on sera loin… mais je pense qu’on ne comprend réellement ce que cela signifie qu’une fois qu’on le vit.
Un voyage en France coûte cher, prend du temps, demande de l’organisation. Et avec des enfants s’ajoute une petite culpabilité permanente :
Est-ce qu’on utilise nos congés pour rentrer voir la famille en France ou est-ce qu’on profite de nos vacances pour découvrir une nouvelle destination ? Quand tu vis à l’autre bout du monde, chaque voyage devient un choix.
Il y a aussi les anniversaires, les mariages, les moments familiaux — et parfois les moments difficiles — auxquels on ne peut pas assister.
C’est probablement le prix le plus important à payer lorsqu’on choisit une vie aussi loin de son pays d’origine.
Son conseil à ceux qui hésitent : « Viens ! »
Je pense qu’on peut passer des mois, voire des années, à se demander si c’est le bon moment, si on aura assez d’argent, si on trouvera un travail, si notre anglais sera suffisant, si on se fera des amis… On ne pourra jamais tout prévoir.
Prépare-toi correctement, évidemment, mais accepte aussi qu’une partie de l’aventure ne puisse commencer qu’une fois que tu seras sur place.
Et surtout, ne compare pas ton aventure à celle des autres. Certaines personnes trouveront un travail en trois jours, d’autres en trois mois. Certaines rencontreront immédiatement leur groupe d’amis, d’autres auront besoin de davantage de temps. Certaines resteront six mois, d’autres construiront toute leur vie ici.
Le questionnaire express
L’Australie en 3 mots Liberté. Nature. Sécurité.
Son endroit préféré Les Whitsundays. « Difficile de croire que des endroits comme ça existent réellement avant de les voir de ses propres yeux. »
Son meilleur souvenir Le lever du soleil sur Kata Tjuṯa.
C’est l’un de ces moments où tu ne ressens même pas le besoin de parler. Voir la lumière changer peu à peu sur le paysage, au milieu de cette immensité et de ce silence, m’a vraiment marquée. Je crois que c’est exactement ce que j’aime en Australie : cette capacité à te faire sentir toute petite face à la nature, et à te rappeler à quel point certains moments simples peuvent rester gravés pour toujours.
Une chose qu’elle aurait aimé savoir avant de partir Qu’elle allait tomber amoureuse de ce pays au point de ne plus vraiment réussir à imaginer sa vie ailleurs.
La place de l’Australie dans sa vie aujourd’hui
Ce n’est plus simplement le pays dans lequel je me suis expatriée. C’est chez nous. C’est là que nous avons construit notre famille, nos habitudes, nos amitiés et notre quotidien. La France restera toujours une partie immense de mon identité, mais aujourd’hui, lorsque je rentre d’un voyage et que l’avion survole Sydney, j’ai réellement cette sensation de rentrer à la maison.
Son projet : Bienvenue chez les Johnston
Parce qu’elle sait exactement ce que c’est que de débarquer dans un pays où l’on ne connaît personne, Marine a créé Bienvenue chez les Johnston, un projet à travers lequel elle accueille et accompagne les Français qui arrivent à Sydney.
L’idée est très simple : leur permettre d’avoir quelqu’un sur place avant même de décoller.
Elle aide à préparer l’arrivée, à comprendre les premières démarches, à prendre ses repères. Et selon l’accompagnement choisi, elle peut accueillir à l’aéroport ou héberger les premières nuits à Sydney.
C’est finalement un projet qui rassemble tout ce que j’aime : l’Australie, les rencontres, l’hospitalité et cette envie de rendre l’expatriation un peu plus humaine.
👉 Instagram : @bienvenuechezlesjohnston












Merci Marine pour ta confiance et pour la sincérité de tes réponses.
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