: Entre doutes, liberté et rencontres inoubliables
Partie seule en Australie à 28 ans, Floriane imaginait faire le tour du pays en une année. Son aventure aura finalement suivi un tout autre chemin : des emplois précaires, des moments de solitude, huit mois à dormir dans sa voiture, un podcast, des paysages saisissants et surtout des amitiés qui durent encore aujourd’hui

La chronique en bref
Prénom : Floriane
Âge : 32 ans
Profession : journaliste de formation
Visa : Working Holiday Visa — PVT
Période en Australie : d’août 2022 à décembre 2023
Durée du séjour : environ quinze mois
Parcours : Melbourne, Apollo Bay, Sydney, Tasmanie, Caboolture, Cairns, nord de l’Australie, côte Ouest, Perth et Esperance
Son Australie en trois mots : gigantesque, variée et chill
Ses endroits préférés : Uluru, Broome, le Queensland et la Tasmanie
Son meilleur souvenir : un saut en parachute au-dessus de la Grande Barrière de corail
« L’Australie restera mon plus grand saut dans le vide. »
Floriane, peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Floriane et je viens de fêter mes 32 ans. Je suis journaliste de formation. J’aime voyager, explorer de nouveaux endroits, faire de la photo, de la randonnée, du ski et participer à des festivals.
Je suis une bonne vivante : j’adore boire du bon vin et manger de bons petits plats ! Je suis également très curieuse et j’aime rencontrer de nouvelles personnes. Mais je suis aussi très indécise et plutôt anxieuse lorsqu’il faut faire des choix.
Quand et où as-tu vécu en Australie ?
Je rêvais de partir en Australie depuis longtemps, mais le Covid a retardé mes projets. Je suis finalement partie en août 2022.
Je suis arrivée en plein hiver à Melbourne, ce qui n’était peut-être pas la meilleure des idées ! J’ai ensuite travaillé à Apollo Bay et à Sydney, puis dans des fermes en Tasmanie.
J’ai voyagé sur la côte Est avant de m’arrêter de nouveau pour travailler dans des fermes à Caboolture, puis à Cairns. J’ai ensuite parcouru le nord du pays et la côte Ouest, jusqu’à Perth. Pour terminer, j’ai fait un petit road trip jusqu’à Esperance avant de rentrer en France en décembre 2023.
Au total, je suis restée environ quinze mois en Australie.
D’où venait ce rêve d’Australie ?
Lorsque j’étais au lycée, j’ai participé à une fête chez une amie. Son frère venait de rentrer d’un PVT en Australie et racontait toutes ses histoires incroyables.
C’était la première fois que j’entendais parler de ce programme. Je me suis alors promis de vivre cette expérience un jour. Je suis finalement partie dix ans plus tard.
Le fait d’avoir autant attendu et énormément projeté ce voyage a parfois rendu l’expérience difficile. J’étais aussi un peu plus âgée que beaucoup d’autres voyageurs rencontrés sur place. Pour partir, j’avais quitté une situation confortable en France : un travail, un appartement, une voiture et mon copain.
Je suis arrivée sans projet très précis, hormis celui de travailler là où je le pourrais et de faire le tour de l’Australie en un an. Spoiler : cela ne s’est pas du tout passé ainsi !
J’étais très enthousiaste durant les premières semaines, puis j’ai traversé une période extrêmement difficile pendant plusieurs mois. Ce sont surtout les huit derniers mois que j’ai adorés, grâce à des rencontres formidables et à des voyages à couper le souffle.
Comment ton arrivée s’est-elle déroulée ?
Je suis arrivée seule, après un vol Paris–Melbourne, avec un PVT.
Je pensais rester un an et effectuer mes jours de ferme, au cas où j’aurais envie de revenir plus tard. Finalement, j’ai pu prolonger mon séjour grâce au visa Covid, qui était gratuit.
J’ai travaillé dans plusieurs domaines et j’ai également animé un podcast pour Le Guide des Backpackers. Cette expérience m’a véritablement sauvée. Cela m’a permis de me sentir utile et valorisée en exerçant un métier que j’aime.
Comment as-tu vécu tes premiers mois ?
J’étais seule et j’avais beaucoup de mal à faire des choix. Mon compte en banque, la recherche d’un emploi, l’achat d’une voiture et la recherche d’une ferme me causaient beaucoup de stress. En parallèle, j’essayais de me construire une vie sociale agréable.
Les démarches administratives ont pourtant été assez simples. Avec du recul, je trouve même que je me suis plutôt bien débrouillée.
Le problème venait surtout de la pression que je m’imposais. J’étais obsédée par l’idée de travailler un mois dans un endroit avant de repartir aussitôt. À force de toujours anticiper la prochaine étape, je me suis épuisée mentalement et physiquement.
Lorsque j’ai décidé de ralentir, de relâcher la pression et que j’ai rencontré de belles personnes, tout est devenu plus simple.
L’anglais et les démarches restent relativement accessibles. Après avoir acheté ma voiture, j’ai dormi à l’intérieur. Je n’ai donc jamais été réellement confrontée au prix élevé des logements australiens.
Pour le travail, tout dépend des périodes. Le plus difficile était de valider les jours de ferme. Le marché est très concurrentiel et il est possible d’être renvoyé du jour au lendemain si l’on ne récolte pas les fruits assez rapidement.
À quoi ressemblait ta vie australienne ?
Ma vie était assez décousue.
Durant les premiers mois, je travaillais beaucoup et je recherchais constamment de nouveaux emplois. Ensuite, j’ai trouvé un meilleur équilibre entre le travail et les road trips.
J’ai dormi dans ma voiture pendant environ huit mois. J’ai fait la fête, beaucoup exploré et passé énormément de temps dehors. Cette manière de vivre m’a permis de me reconnecter à la nature et à des choses très simples.
Quelle est la singularité de ton histoire ?
J’ai traversé des moments vraiment difficiles. Je me suis sentie très seule et démunie. J’ai connu de nombreuses galères professionnelles et j’ai également été victime de vols. On m’a notamment volé un sac contenant mes clés de voiture et mon téléphone.
Mais ce que je retiens surtout, c’est le bonheur que je ressentais au volant de ma voiture. Je me sentais libre. Je pouvais me garer quelque part au milieu de la nature et manger dehors.
Je retiens aussi les rencontres incroyables. J’ai voyagé durant six mois avec un groupe d’amis. Nous avons traversé ensemble la moitié de l’Australie. Trois ans plus tard, nous sommes toujours très proches et nous nous retrouvons dès que nous en avons la possibilité.
J’ai aussi adoré travailler sur le podcast du Guide des Backpackers. J’ai pu interviewer des personnes à travers tout le pays, donner du sens à mon voyage en utilisant mes compétences de journaliste et aider d’autres voyageurs.
Je n’ai pas réussi à faire le tour de l’Australie comme je l’avais imaginé, car ce pays est véritablement immense. Mais j’ai découvert des endroits sublimes et partagé des moments très forts avec des inconnus que je n’oublierai jamais.
Comment as-tu vécu la culture australienne ?
J’ai aimé le côté « chill » des Australiens. Ils profitent de la vie et des choses simples. Ils passent beaucoup de temps dehors, dans la nature ou à la plage. Ils campent, pratiquent beaucoup de sport et dégagent une certaine positivité.
Ils sont aussi très débrouillards et spontanément prêts à aider. De nombreuses fois, alors que ma voiture était enlisée dans le sable, des Australiens se sont immédiatement arrêtés pour venir à mon secours. Je ne suis pas certaine qu’en France, quelqu’un serait venu m’aider aussi rapidement !
J’ai cependant parfois eu du mal à comprendre ce qu’ils pensaient réellement. Tout semble toujours « parfait ». Comme ils n’aiment pas le conflit, certaines situations peuvent devenir déconcertantes.
Je n’ai pas non plus apprécié les comportements machistes ou racistes rencontrés chez certaines personnes dans les régions reculées. La façon dont les populations aborigènes sont traitées m’a particulièrement révoltée. Cela m’a aussi obligée à réfléchir à ma propre position.
En tant que voyageurs étrangers, nous sommes nous-mêmes des immigrés. Nous occupons parfois les emplois difficiles dont les autres ne veulent pas afin de prolonger notre séjour. Cette expérience remet beaucoup de choses en perspective.
Qu’as-tu le plus aimé dans la vie en Australie ?
J’ai aimé l’ambiance générale, la nature et la possibilité de vivre dehors une grande partie de l’année grâce à la douceur des températures. C’est une autre manière de vivre.
J’ai également été frappée par le fait de ne jamais recevoir de réflexion ou de commentaire de la part des hommes dans la rue ou en soirée. Je me sentais beaucoup moins observée et jugée qu’en France.
J’ai aimé la simplicité du quotidien. Acheter un véhicule ou ouvrir un compte bancaire est relativement facile. Les salaires sont intéressants et recevoir sa paie chaque semaine est très agréable.
Enfin, l’Australie est un pays où l’on peut vous laisser votre chance, même sans expérience ou diplôme dans un domaine précis.
Et qu’est-ce qui t’a semblé le plus difficile ?
L’intégration peut rester assez superficielle. Les Australiens ont tellement l’habitude de voir des étrangers venir travailler temporairement qu’ils semblent parfois blasés.
J’appréciais de pouvoir postuler à un emploi et commencer rapidement, sans toute la paperasse que l’on peut connaître en France. En revanche, j’appréciais moins de pouvoir être remerciée du jour au lendemain.
Le statut d’immigré n’est pas toujours facile à vivre. Il faut payer ses visas et tenter sa chance sans aucune garantie que le projet aboutisse.
Sur le long terme, la gastronomie et l’accès à la culture m’auraient probablement manqué. J’ai aussi dû m’habituer au fait que tout ferme beaucoup plus tôt. C’est frustrant au début, mais on finit par adopter ce rythme et même par l’apprécier.
Pourquoi as-tu quitté l’Australie ?
Après un an et demi, j’avais besoin de retrouver mes proches pour les fêtes de Noël. Mes amis repartaient également et j’avais promis de rentrer.
Je pensais retourner ensuite en Australie pour terminer mon visa, mais je n’ai pas trouvé de raisons suffisamment fortes pour le faire. Je me demandais quel était l’intérêt de revenir seulement trois ou quatre mois, surtout seule. J’avais peur de ne pas trouver de travail et de dépenser toutes mes économies.
Je me suis aussi demandé ce que les autres penseraient de moi. Est-ce que je partais à l’autre bout du monde simplement pour fuir mes responsabilités ?
Je souhaitais surtout partir en Nouvelle-Zélande avant mes 30 ans. J’ai donc choisi de rester quelque temps en France, puis de voyager en Asie avant d’arriver quelques mois plus tard en Nouvelle-Zélande.
Aujourd’hui, je suis fière d’être partie. Je réalise que cela demandait du courage, même sans projet précis et malgré tous mes doutes. Ce fut une vie excitante et une aventure incroyablement enrichissante.
Mon cœur balance encore. J’ai la possibilité de retourner en Australie ou de m’installer ailleurs, mais je ne veux plus partir sans projet concret ni véritable objectif. J’ai aussi du mal à accepter l’idée de devoir me battre pour obtenir des visas, payer pour pouvoir vivre sur un territoire et rester aussi loin de tout.
L’Europe a déjà énormément à offrir.
Quel conseil donnerais-tu à ceux qui rêvent d’Australie ?
Je leur conseillerais de mettre toutes les chances de leur côté pour que l’expérience soit bénéfique.
Beaucoup de personnes idéalisent énormément l’Australie, puis vivent mal leur séjour lorsqu’elles découvrent la réalité sur place. Il ne faut pas se poser trop de questions, mais il faut tout de même assurer ses arrières.
Partez avec suffisamment d’économies pour vous sentir en sécurité, puis foncez.
S’installer à l’autre bout du monde n’est pas simple. Cela demande du courage et de la persévérance. Il faut garder à l’esprit que l’on arrive en tant qu’immigré et que c’est à nous de nous adapter au mode de vie et aux règles du pays.
Ne vous découragez pas au premier obstacle. Et surtout, voyagez : il y a tant de choses à découvrir.
L’Australie de Floriane
L’Australie en trois mots : gigantesque, variée et chill.
Ses endroits préférés : impossible d’en choisir un seul ! Floriane a été époustouflée par les paysages d’Uluru et de Broome. Elle a également adoré le Queensland et la Tasmanie.
Son meilleur souvenir : un saut en parachute au-dessus de la Grande Barrière de corail pour son anniversaire.
Ce qu’elle aurait aimé savoir avant de partir : l’Australie n’est pas aussi simple que ce que l’on voit sur Instagram. Un minimum d’organisation peut faciliter les débuts, même si le voyage finit presque toujours par bouleverser les plans.
La place de l’Australie dans sa vie aujourd’hui :
« Elle restera mon plus grand saut dans le vide. Une aventure enrichissante et pleine de surprises. »
Chroniques de Français en Australie
À travers cette série, Bohemia Australie donne la parole aux Français qui vivent ou ont vécu l’expérience australienne.
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